“De quelques lignes essentielles au pinceau, tenu à la verticale du support-papier de riz, s'envolent des oiseaux migrateurs. Des traces, des signes, se transforment en une foule d'êtres humains, de silhouettes en marche vers un autre advenir, pour approcher ce paradis verrouillé, prometteur d'une odyssée où on peut se perdre et disparaître — condamnés à marcher sans cesse au péril de leur seul bien : leur vie.

Sybille Friedel ne parle pas au nom des réfugiés, elle les accompagne de son langage pictural : des compositions naturelles, des couleurs discrètes, des traits à peine esquissés, un équilibre entre les vides et les pleins, les modulations du trait, le blanc et le noir. Pas de violence dans cette peinture-fleuve, qui se déroule lentement, inlassablement, inexorablement.

La densité de la composition, mouvante comme celle des oiseaux dans le ciel ; ces immeubles en péril, en ruines ou en voie de l'être ; ces champs d'errance ; ces lieux sans lieu entraînent notre regard là, où tout est possible mais où rien n'est sûr.”

Elfriede Jelinek, Les suppliants, L'Arche éditeur, 2016