Sybille Friedel

Traits de caractère…

Propos d’Edith de la Héronnière

Roseaux, plumes, bulles, processions végétales, signes d’encre parcourus de courants d’air cosmiques, tantôt penchés vers l’orient, tantôt vers le couchant, agités parfois de tumultes et de tourbillons, ou bien encore  effleurés, comme par la caresse  d’un duvet, à l’image de la vie, ce Janus bifrons distribuant ses douceurs et ses brutalités sans ménagement.
Il est bon pour entrer dans l’univers visuel et intérieur de Sybille Friedel d’avoir vu le Marais. C’est là l’une des sources de son inspiration, cette sauvagerie rythmée par un esprit botaniste et musicien qui aurait, d’un coup de baguette magique amené l’eau au cœur de la lande, puis aurait distribué  le long des canaux de grands arbres aux allures de mages, peupliers et saules, érables et aliziers, amélanchiers et cornouillers, sans oublier le merveilleux ginkgo aux feuilles en forme  d’éventails miniatures. Le même esprit artiste a su broder les rives de haillons de verdure, ombellifères et orchidées, phragmites et lysimaques et poursuivi sa tâche, la même, au fond, mais sous une autre forme, en bambous de lumières se reflétant dans l’eau à la nuit tombante, en lambeaux transparents, accrochés dans les arbres comme les lettres d’une calligraphie inconnue, et prenant des allures féeriques lorsqu’ils s’éclairent  d’un seul coup dans la nuit.
Il est bon encore d’avoir entendu le chant des crapauds au crépuscule, le croassement des grenouilles, le jour durant, les frémissements aquatiques, le vol pesant des canards au dessus de l’eau silencieuse, et d’avoir eu la joue frôlée par quelque éphémère ou quelque libellule pour déceler en  tous ces bruissements subtiles une musique profonde dont la peinture se fera l’écho .
L’artiste, en effet,  recueille ces sensations puis les laisse passer à travers elle dans la main qui tient le pinceau ou la plume. Le poignet s’élance, concentré, pure énergie à la rencontre du papier de riz dont la surface se laisse impressionner. L’artiste s’efface, assimilant les rythmes et les visions pour les transformer. Encre et eau jouent leur sonate, tantôt cristalline, tantôt basaltique, toujours musicale, au point que l’on songe à quelque suite de Bach.
Sybille Friedel, une leçon d’Orient par Monique SicardDe la calligraphie encore et toujours Books
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