Sybille Friedel

Traits de caractère…Propos d’Edith de la Héronnière

Sybille Friedel, une leçon d’Orient par Monique Sicard

L’artiste, elle, avait acquis la pratique extrême de la concentration, la maîtrise des gestes, presque une sagesse. Comme Ding, elle savait choisir la voie directe. Elle pouvait regarder ses mains, ses outils, sculpter la matière, presque malgré elle. Mais elle revenait.

L’évolution avait été intérieure, invisible :« Et tout d’un coup, il y a deux ans, je me suis mise à dessiner. Je dessinais dans de grands carnets des hommes, incroyablement vivants ». On penserait à Jérôme Bosch, à James Ensor. On évoquerait des figures de la folie ou de l’étrangeté, mais toujours, de l’humanité. L’Occident revenait sur un socle d’Orient.

L’essentiel était acquis : l’exercice de la liberté, les frontières effacées entre pratique et théorie, la sublime importance du trivial et de  l’insignifiant, l’abandon du voir pour l’interprétation, l’alliance du spirituel et  d’une intelligence du corps, le dualisme cartésien gaiement raturé d’un trait. La leçon d’Orient fut surtout celle d’un vivre : « Je ne finirai d’apprendre que lorsque je soupirerai pour la dernière fois ».

Les phragmites en forme d’encres de Chine bruissaient au vent du marais mais la référence n’était pas la recherche idéale de la vérité, le dessin sur nature. Il s’agissait d’une autre adéquation avec un milieu inexorablement changeant. Cette année-là, de lentes pluies avaient transfiguré le paysage. La nature devenait subversive. Il était temps de confier au corps le soin d’agir, lui qui savait. Nous, nous n’exercerions qu’une simple surveillance. Il fallait se laisser porter par les courants et percevoir, attentifs, ce qui passait.

Monique Sicard, juillet 2012

De la calligraphie encore et toujours Books
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