Sybille Friedel

Traits de caractère…Propos d’Edith de la Héronnière

Sybille Friedel, une leçon d’Orient par Monique Sicard

On se souvient de Ding, le boucher de Zhuangzi. Il frappait de la main, avançait les épaules, fléchissait les genoux, tapait du pied, aiguisait son couteau. Il délaissait pourtant la simple technique. Quand il se heurtait à une articulation, il s’interrogeait, réfléchissait, cherchait la voie du vide, la plus facile, l’entre-deux : « Je fixe mon attention, je ralentis mes mouvements et soudain, le nœud se rompt. Je suis là, je tiens le couteau, je regarde autour de moi. Je suis heureux (…). Au début, raconte Ding en une belle métaphore de la  complexité, je ne voyais autour de moi que des bœufs entiers. Trois ans plus tard, je n’en percevais que des fragments, plus simples, plus faciles à vaincre. Je ne voyais plus le monde par les yeux, je l’appréhendais par l’esprit. »

Quand Sybille Friedel polit, façonne et passe au noir des racines ou des branches tordues ramassées çà et là dans le marais de Larchant, on ne sait si elle sculpte ou si elle écrit tant l’écart, d’une pratique à l’autre est insignifiant.

« J’ai plongé dans la redoutable technique de la calligraphie chinoise, sans quasiment lever le pinceau pendant dix ans. Comme un musicien, je suis allée au bout de l’apprentissage. Jusqu’au point où l’on peut enfin oublier la technique : je respirais comme il fallait, mes mains agissaient malgré moi, j’avais besoin de tout mon corps (…).dix ans à produire dans le brouillard quelque chose de  sophistiqué et d’incompréhensible  à la fois, qui m’immergeait dans la réflexion, au cœur d’une technique, véritable grammaire, d’un autre pays, d’une autre civilisation, d’une autre philosophie. L’Extrême-Orient n’était qu’un chemin pour aller ailleurs. »

De la calligraphie encore et toujours Books
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