Sybille Friedel

Traits de caractère…Propos d’Edith de la HéronnièreSybille Friedel, une leçon d’Orient par Monique Sicard

De la calligraphie encore et toujours

De la calligraphie encore et toujours

 

Voilà des années que Sybille Friedel dessine, peint, sculpte, transformant le papier de riz en étendues de lumière et le bois en arabesques. Invariablement, la calligraphie y apparaît comme toile de fond. Une technique certes (et ô combien maîtrisée !), mais plus encore un geste. Une obsession (monomaniaque diront certains), mais plus encore un espace. Espace qu’elle habite et arpente comme chez elle, les yeux fermés. C’est ainsi qu’un jour pas si lointain, en les ouvrant, elle découvre qu’elle était en train de créer une table. Il était impératif d’aller jusqu’au bout de ce travail. Même si Sybille Friedel n’avait jamais fait de meubles jusqu’ici. Même si elle pensait ne jamais en faire. Même si elle croyait que l’art « utile », ce n’était pas pour elle. Mais utile ou pas,  l’art n’est pas là où on l’attend et de toute façon la création artistique ne se laisse jamais commander, Sybille Friedel le sait fort bien. Aller jusqu’au bout donc et continuer. Une table, puis une autre, et puis encore une autre. Et en voilà bientôt une douzaine qui garnissent atelier et maison. Des basses, des hautes, des carrées, des rectangulaires… chacune sa taille, chacune sa forme, chacune sa fonction. Table de salle à manger, table de jardin, table-bar, table console. Mais sans siège les tables sont veuves. Émergent alors des bancs, des tabourets… et même une lampe et quelques sculptures ! Toute une panoplie d’œuvres en bois où la lumière file doucement, à la texture si sensuelle qu’instinctivement on a envie de toucher. Si envoûtante qu’on éprouve le besoin d’accompagner les sillons jusqu’à la courbe indolente, jusqu’à la faille inattendue.  C’est comme si on suivait à la trace le geste de l’artiste. Car au fond, Sybille ne travaille pas le bois, ni ne le sculpte, mais elle en déchiffre l’écriture secrète. Minutieusement, comme on fouille une mémoire, elle traque les récits enfouis en son intérieur, puis peu à peu, elle en palpe les rythmes et les nervures et les ramène à la surface de la vie.

 

Sybille Friedel regarde aujourd’hui en souriant ses dernières créations. Non, elle n’a point trahi sa vocation première. Ce qu’elle a créé là, ce sont des meubles certes, mais des meubles calligraphiques. Des idéogrammes en trois dimensions, avec lesquels il est bon de partager son intimité.

 

Nabil El Azan

Décembre 2015

 

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